MARINER 4 24AOUT 2006

24-08-2006

Le mystère des météores de Mariner 4

traduction de Didier Jamet

 

 


Le 14 juillet 1965, la sonde spatiale Mariner 4 frôla la planète Mars. Ce fut un moment de grande intensité dramatique. Avant Mariner 4, six autres sondes avaient déjà entrepris le voyage vers la Planète Rouge sans jamais parvenir à destination. La plupart avaient succombé avant même de réussir à s’arracher à l’attraction terrestre. Depuis la parution de la “Guerre des Mondes” de H.G. Wells en 1898, le grand public s’était fait à l’idée d’une vie martienne, et tout le monde s’attendait à y découvrir canaux et autres cités. L’attente devenait tout simplement insoutenable.

Et puis finalement, avec une précision sans faille, Mariner 4 piqua vers Mars, passa à quelque 10 000 km de la surface martienne, et eut le temps de prendre 22 photos. Elles révélèrent que Mars n’était en fait qu’un vaste désert parsemé de cratères déjà anciens. Pas de cités prodigieuses. Pas le moindre canal. Et aucun martien... Depuis ce jour là, nous ne regardons plus du tout Mars de la même façon.

 

 

La plupart des évocations de cette grande mission s’arrêtent ici, insistant sur le fait qu’il s’est agi de la “première sonde à avoir survolé la Planète Rouge” et qu’elle a jeté une sévère douche froide sur des décennies de science-fiction. Mais en réalité l’histoire ne s’arrête pas là. Quelque chose d’étrange est arrivé à la sonde bien après son survol de Mars, mettant en place les éléments d’un mystère de bientôt 40 ans.

Remontons rapidement le temps jusqu’en septembre 1967. Mariner 4 navigue sans espoir de retour au milieu des ténèbres glacées, quelque part en Mars et la Terre. Ses réserves de carburant seront bientôt épuisées, et ce sera la fin. Mariner 4 se prépare à entrer définitivement dans l’histoire.

C’est alors qu’elle est frappée par quelque chose de parfaitement inattendu. Une pluie de météores.

“Pendant environ 45 minutes, Mariner 4 a subi un déluge de météoroïdes plus intense qu’aucune pluie d’étoiles filantes sur Terre” raconte Bill Cooke,un chercheur de la Nasa. La pluie fut si intense qu’elle emporta des morceaux du revêtement isolant de la sonde et modifia même son orientation dans l’espace. “Ce fut une surprise totale”.

Imaginez un peu. Quelque part dans le “vide” entre la Terre et Mars, une région qui sera peut-être un jour traversée par des astronautes si la Vision pour l’Exploration Spatiale porte ses fruits, se trouve un invisible courant de poussières plus dense que ceux qui ont jamais croisé la route de la Terre au cours des siècles derniers. “Jusqu’à ce que Mariner 4 tombe dessus par hasard, nous n’avions pas la moindre idée de sa présence.

Pendant près de 40 ans la source de ce courant de poussières est restée mystérieuse. Mais aujourd’hui, l’expert en météores Paul Weigert, de l’université d’Ontario Occidental, a peut-être résolu l’énigme. Il pense que le coupable est une “comète sombre” nommée D/1895 Q1 (Swift), mais plus communément appelée "D/Swift".

“La comète D/Swift fut observée pour la première fois en août 1895 par le prolifique chasseur de comètes Lewis A. Swift” rappelle Weigert. Swift fut le découvreur ou co-découvreur de plus d’une dizaine de comètes, dont 109P/Swift-Tuttle, la comète bien connue pour être la source des étoiles filantes des Perséides. Mais contrairement à la plupart de ses autres trouvailles, “D/Swift s’assombrit rapidement. Elle fut observée pour la dernière fois en février 1896, se dirigeant vers l’extérieur du système solaire, et elle n’a jamais été revue depuis. Cependant ses éléments orbitaux indiquent qu’elle devrait revenir à proximité du Soleil et donc redevenir visible tous les 5 ans environ.” Notons justement que le préfixe D/ signale que la comète dont il est question a été observée à une ou plusieurs occasions, puis n’est plus reparue contrairement à ce qui était attendu.

Qu’est-il arrivé à D/Swift ? “Elle a très bien pu se désintégrer” avance Sweigert. Les comètes sont des objets notoirement fragiles, et il suffit parfois d’un simple rayon de Soleil pour qu’elles perdent leur intégrité. Il est donc tout à fait plausible que D/Swift ait fatalement surchauffé lors de son passage à proximité du Soleil en 1895, pour se désintégrer un peu plus loin.

D/Swift sombra à peu près dans l’oubli jusqu’à ce que Bill Cooke se demande l’an dernier si “une quelconque vieille comète disparue” ne pouvait pas être impliquée dans l’incident fortuit que connut Mariner 4. Les comètes, et en particulier celles qui se sont désintégrées, laissent dans leur sillage un courant de débris qui se propage tout au long de leur orbite autour du Soleil. Dans l’hypothèse où Mariner 4 serait passée dans un tel courant, “elle aurait subi un sévère décapage”.

Cooke demanda alors à son ami et collègue Sweigert de se pencher sur la question. Weigert commença par examiner les éléments orbitaux de la comète laissés par les observateurs du 19e siècle. Bonne pioche, “Mariner 4 se trouvait très près de l’orbite de la comète D/Swift lorsqu’elle subit la pluie de poussières”.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Mariner 4 n’était peut-être pas simplement près du sillage de D/Swift, mais de la comète elle-même. “D’après nos calculs, tout ce qui restait du noyau de D/Swift devait se trouver à quelque 20 millions de kilomètres de la sonde”. À l’échelle du système solaire, c’est relativement proche.

“On se croirait dans un épisode de Star Trek, lorsque l’Enterprise tombe sur une comète au beau milieu de l’espace. C’est assez fou” reconnaît Cooke. “L’espace est si vaste que les chances de tomber ainsi sur une comète sont à peu près nulles”. C’est pourtant ce qui est peut-être arrivé à Mariner 4.

Les caméras de la sonde étaient déjà désactivées au moment de la rencontre, aussi la comète passa-t-elle inaperçue, à l’exception du déluge de petits projectiles qu’elle fit pleuvoir sur Mariner 4. Les télescopes terrestres ne remarquèrent rien eux non plus, mais ce n’est pas vraiment une surprise. Un noyau de comète désintégrée depuis plus de 70 ans a toutes les raisons de ne pas être très lumineux. Tout cela est cohérent.

Alors, affaire classée ?

Weitgert n’en est pas encore certain. “Le problème, c’est que comme D/Swift n’a été observée que pendant très peu de temps entre 1895 et 1896, son orbite n’est pas connue avec une grande précision. Nos extrapolations peuvent être fausses. Nous essayons actuellement de retrouver d’autres données dans les archives du 19e siècle et de les réanalyser. J’espère que nous aurons bientot suffisamment d’informations pour en avoir le coeur net”. Cette enquête pourrait déboucher sur d’autres investigations. “L’espace entre la Terre et Mars abrite probablement d’autres courants de débris encore inconnus “ pense Cooke. Et la méthode de Weigert pourrait permettre de les découvrir. Peut-être que la prochaine volée de projectiles qu’un vaisseau spatial aura à subir ne sera pas une complète surprise.      source ciel des hommes

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×